Articles parus dans la presse

Article paru le 13.06.2007 dans "La Charente libre", par Sylviane Carin



Le SOS charentais de "Nord Niger Santé"


Le Dr Boutin reçoit actuellement Amessalamine, venu se faire soigner en France.


Le Niger est le 3e pays producteur d'uranium. Il est aussi le plus pauvre de la planète. A lui seul, il illustre les paradoxes de l'Afrique. Des richesses naturelles et des problèmes de santé et de malnutrition chroniques.
Ces injustices, ajoutées à leur sous-représentation, provoquent une nouvelle rébellion touarègue. Les attaques contre les forces gouvernementales se multiplient depuis mars. À tel point que l'armée française a envoyé des hommes, jusqu'alors basés dans le pays voisin tchadien, pour protéger les mines d'uranium. "Tout est en place pour un affrontement" témoigne le Dr Serge Boutin, de retour d'une mission au Niger. Avec "son" association Nord Niger Santé. Une jeune association nationale dont la moitié des 150 membres sont charentais.
Le médecin de St-Laurent redoute une dégradation de l'état sanitaire et nutritionnel de la population. "Les déplacements dans tout le nord sont de plus en plus difficiles". Les approvisionnements en médicaments et aliments risquent de se compliquer. Après avoir mené six missions depuis le début de l'année, dans la région d'Iférouane, au nord d'Agadez, l'association craint de devoir freiner ses interventions. Un drame pour le pays.
La collaboration avec la municipalité permet en effet de suivre son plan de développement. Soins médicaux, vétérinaires, gestion de l'eau, création de structures de santé, formation du personnel nigérien, éducation à l'hygiène, aide à l'élevage...etc, les équipes, qui se sont relayées, depuis octobre, font feu de tout bois.
Rendre les Nigériens
autonomes
"Si les animaux vont mal, les hommes vont mal, tout est lié" observe le Dr Boutin qui partageait son temps, en mars, entre les consultations et le travail avec les conseillers, les responsables de coopératives, de groupements féminins et de quartiers. Parallèlement, des gynécologues obstétriciens ont formé, en deux sessions, une vingtaine de matrones, les accoucheuses traditionnelles.
Objectif: rendre les Nigériens autonomes. Le prix du co-développement. Pour avancer, l'association qui compte beaucoup de professions médicales et paramédicales dans ses rangs, travaille aussi avec des bénévoles locaux. "C'est une chaîne" explique le généraliste de St-Laurent-de-Céris, qui accueille actuellement Amessalamine, responsable de l'Association nigérienne pour le développement durable et la solidarité. L'enseignant, qui avait déjà perdu un œil, dans un accident à l'âge de six ans, devait être opéré en urgence du second. Opération réussie à Limoges. "Être dans les ténèbres et s'en sortir, c'est extraordinaire" jubile-t-il, trois semaines après sa sortie de l'hôpital.
De retour dans quinze jours à Agadez, il recommencera son travail de sensibilisation auprès de la population. Sensibilisation à l'éducation notamment. 23% seulement des enfants touaregs sont scolarisés. Le manque de structures est pénalisant et les nomades ne comprennent pas toujours l'intérêt de l'école, quand de jeunes diplômés peinent à trouver du boulot. Le mal est profond.
Au Niger comme dans la majorité des pays africains, le décalage entre les gouvernants et le peuple est énorme. "Le premier ministre reçoit chaque vendredi 12 millions de francs CFA pour la semaine; le président 9 millions; le président de l'assemblée 10 millions (1,5 million d'euros, ndlr). C'est beaucoup pour le pays le plus pauvre du monde" s'indigne Amessalamine. Une indignation partagée par ses frères touaregs.

Deux articles signés Hervé Olczyk parus dans L'Est Républicain


C'est la fin du peuple touareg
La Thionvilloise Elisabeth Matz-Verret, fondatrice de l'Ami du Vent, crie son effroi devant le sort fait aux Touaregs du Niger, victimes de l'exploitation effrénée de l'uranium. 

« Ce qui embellit le désert, c'est qu'il cache un puits quelque part », murmurait le Petit Prince de Saint-Ex'.
Les puits, le désert, Elisabeth Matz-Verret connaît. En 1998, sur un énorme coup de cœur, elle fondait à Thionville « L'Ami du Vent », agence d'itinérance au désert qui privilégie « les échanges vrais entre les hommes » et les « voyages porteurs de sens ». Quelques années plus tard naissait Aman Iman (« L'eau, c'est la vie », en tamacheq, la langue touarègue), action d'aide aux Touaregs du Niger. Grâce aux dons, des dizaines de puits ont pu être installés au cœur des sables.
Elisabeth, la « petite marchande de sable » au grand cœur et aux yeux d'enfant, est tombée sous le charme des hommes bleus. Tout particulièrement ceux de l'Aïr et du Ténéré. « En Algérie, les Touaregs s'occidentalisent : à Tamanrasset, tous ont un portable à l'oreille. Au Mali, les caravanes de sel sont assurées par des camions. Les Touaregs du Niger, eux, sont restés au plus près de leurs traditions, avec une vraie dignité, une vraie présence à l'autre. A mes yeux, ils étaient les derniers vrais témoins du monde touareg ».

Trois millions d'hommes

Ces Touaregs - qui représentent 20% de la population nigérienne, soit près de 3 millions d'hommes - Elisabeth nourrit les plus vives inquiétudes à leur sujet. Elle est « effondrée» par ce qui se passe au Nord Niger, depuis qu'en février 2007, une nouvelle rébellion touarègue a éclaté dans l'Aïr, au nord-Est d'Agadez. Les revendications du MNJ (Mouvement des Nigériens pour la Justice) sont claires : instauration d'une vraie démocratie, lutte contre la corruption dans la classe dirigeante, juste répartition des richesses minières de leur sous-sol.

Parmi ces richesses, il y a le pétrole (à la frontière libyenne) et surtout l'uranium, dans le massif montagneux de l'Aïr. Le Niger, l'un des pays les plus pauvres du monde, en est aussi le 3e producteur mondial. De l'Aïr, le groupe AREVA, leader mondial de l'énergie nucléaire, extrait le tiers de l'uranium alimentant les centrales françaises. « Comme si cela ne suffisait pas, en juin », explique Elisabeth Matz-Verret, « le président Mamadou Tandja a vendu 38 autres concessions à des multinationales indiennes, canadiennes, australiennes et surtout chinoises. La plupart sont dans l'Aïr où vivent les Touaregs qui se voient chassés de la terre de leurs ancêtres. Cela provoque d'énormes mouvements migratoires vers les grandes villes. Les Touaregs vendent les trois ou quatre biquettes qu'ils possèdent et finissent dans les bidonvilles d'Agadez ou Arlit où ils meurent de faim. Mais le plus dramatique est le pompage gigantesque de l'eau dans les nappes phréatiques par les sociétés exploitant l'uranium, notamment pour laver le minerai. Selon des spécialistes de l'hydraulique, dans 15 à 20 ans maximum, ces nappes de la région de l'Aïr et du Ténéré seront totalement épuisées et toute vie y aura disparu ».L'avenir ? La Thionvilloise ne se fait pas d'illusions. « Les enjeux financiers sont tellement énormes... C'est la fin du peuple touareg ! ». Et elle jette innocemment, à la face du monde, cette question de Mano Dayak qui avait mené la première rébellion touarègue, de 1990 à 1995. « Faut-il qu'un peuple disparaisse pour savoir qu'il a existé ?».


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Six myopathes dans une famille


Bouleversé lui aussi par le drame des Touaregs dans la région de l'Aïr, le Dr Serge Boutin, généraliste à Saint-Laurent-de-Céris (Charente), a créé en 2007 Nord Niger Santé (NNS), pour apporter une aide nutritionnelle et sanitaire à la population d'Iférouane, où a éclaté la rébellion. Une ville « totalement vidée de ses habitants », indique le médecin. « Les forces armées nigériennes, qui vont d'échec en échec face aux rebelles dans l'Aïr, se vengent sur les populations civiles, tuent leurs chameaux et leurs chèvres ».
Serge Boutin s'est tout particulièrement ému du sort de la famille d'Amar Boka, technicien à la télé nigérienne, dont les six enfants, de 7 à 18 ans, sont tous atteints de myopathie des ceintures (bassin, poumons, cœur). Un cas rarissime. Et un drame encore plus affreux pour cette famille dans un pays sous-développé qui ne compte qu'un neurologue pour 13 millions d'habitants.
Début novembre, NNS souhaite faire venir en France deux de ces enfants, Aziz (10 ans) et Moussa (16 ans), pour un bilan complet à l'hôpital de Garches, avec biopsie musculaire et recherche sur l'ADN. « Le but est de connaître le potentiel évolutif de la maladie et les complications à venir, sur le plan cardiaque et respiratoire ».
Les billets d'avion et l'hébergement seront pris en charge par l'AFM et Air France. Resteront à la charge de NNS les frais d'hôpital et les examens complémentaires. Estimation : 1.000 à 1.500 € par jour. « Dans 5 ou 10 ans, on peut espérer des solutions thérapeutiques. Il y a donc un grand espoir pour ces deux enfants », assure le médecin.



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